LE GRAND BLEU EST PARTI
Par Cédric ROUQUETTE
Zinédine Zidane a officialisé ce jeudi sa décision de mettre un terme à sa carrière internationale après dix ans de services exceptionnels, marqués par 93 sélections et 26 buts répartis sur 10 saisons. Explications.
Comme presque tous les autres
Zinédine Zidane ne jouera plus en équipe de France. Le joueur emblématique de la génération la plus titrée de l'histoire du football français a fini par tirer sa révérence à trois ans de la fin programmée de sa carrière, qui aura donc lieu, logiquement, à Madrid. Zidane a 32 ans. Il a gagné une Coupe du monde, un Euro, forcé sa nature pour devenir le capitaine et le leader des Bleus lors de sa dernière campagne, frôlé la centaine de sélections (93), inscrit 26 buts, dont aucun au cours d'une défaite. Malgré ce choix de rompre avec «ce qui lui est arrivé de plus beau professionnellement », son aura auprès des masses et du monde du football ne semble pas le moins du monde écorné quelques heures après son annonce. Son habile campagne de communication y est pour beaucoup. Elle s'est ponctuée, ce jeudi 12 août, par une confirmation officielle signée Raymond Domenech, l'annonce de la décision sur son site personnel, et une interview-événement sur Canal + pour, enfin, en expliquer les raisons.
Si le départ de Zidane émeut plus qu'il n'attriste, c'est surtout parce qu'il s'inscrit objectivement dans la logique qui voit rarement les grands champions briller de mille feux après leurs 32 ans. C'est l'âge de Zidane aujourd'hui. Le même à quelques mois près que Platini en 1987 et Kopa en 1962. C'est moins que ses compagnons de route Desailly (36 ans) et Lizarazu (34 ans), mais c'est autant que Thuram, ou Deschamps en 2000, deux hommes sans lequels rien n'aurait été pareil. C'est la fin d'une histoire entamée en 1994 par un doublé fracassant, déjà, qui n'a jamais souffert de véritable temps mort. Il rêvait d'une sortie à sa mesure qui aurait coïncidé avec une victoire à l'Euro portugais. Ce second échec après le Mondial 2002 l'a conforté dans l'idée que 2006 n'était peut-être pas une échéance pour lui. C'est dommage, mais c'est compréhensible.
« Quelque chose s'était un peu cassé »
Lors d'un entretien tourné à Madrid avec Michel Denisot, Zidane a esquissé les unes après les autres les raisons de son choix. Trois ont émergé. Le Marseillais a confirmé que le changement d'époque incarné par les tous premiers choix de Raymond Domenech ne correspondait pas, ou plus, aux conditions de son bien-être en dehors du terrain. «C'est vrai (que) voir partir Henri Emile, Philippe Boixel, et beaucoup de monde qui faisait partie de cette génération, ça me touche beaucoup, et ça m'incite à dire que je fais(ais) partie de cette équipe-là. Donc, je laisse la place à ceux qui arrivent ». Plus pudiquement, il évoque «quelque chose qui s'était peut-être cassé» après l'Euro, sans s'étendre sur le décalage culturel constaté par les anciens au Portugal. La génération suivante était peut-être plus douée, mais elle était moins rageuse que celle née à l'Euro 1996. Que Zidane prenne sa retraite en même temps que trois autres figures n'est pas un hasard. Enfin, en évoquant des consultations restreintes au cercle de ses «proches» de «sa famille», le Ballon d'Or 1998 a fait comprendre qu'il avait besoin de passer plus de temps avec ses trois fils et son épouse.
Ce qui rend ce départ plus supportable, fût-il «définitif», c'est aussi l'idée que ce génie-là n'est pas perdu pour tout le monde. Il reste à Zidane trois ans de contrat au Real Madrid et, jure-t-il, son envie de «gagner encore des titres» est totale. «Tant qu'il y aura des trophées et l'envie de jouer, je continuerai.» Bonne nouvelle pour ceux qui sont équipés d'une télé. Zidane n'a gagné qu'une seule Ligue des champions, en 2002, en partie grâce à l'un de ses coups de génie. Seule cette compétition paraît à sa mesure aujourd'hui. «Il y aura quelques matches en moins et ça ne fera pas de mal », dit-il comme pour appâter.
L'avenir de Zidane, c'est aussi la place qu'il occupera pour longtemps, sans doute pour toujours, dans l'histoire du foot d'ici. Tout en haut. Raymond Domenech vient de décider de n'attribuer à personne, pour l'instant, ce maillot n°10 désormais si difficile à porter. C'est le premier hommage d'une infinie série. Qui, à part Platini, avec ses 41 buts, ses 50 capitanats, son invraisemblable Euro 84, peut prétendre à ce jour avoir, autant que lui, marqué de son empreinte le maillot au coq ? Personne. Par son niveau de jeu, sa constance, sa virtuosité, Zidane restera comme l'icône de la seule génération française à avoir tout gagné. Le symbole d'une équipe multiculturelle qui a renversé la France comme rien, depuis la Libération, ne l'avait fait auparant. Naguère réticent à s'inscrire dans ce cadre extra-sportif, Zidane a arrêté de le fuir dès l'instant où il a officialisé sa décision. «La victoire de 1998 était belle, a-t-il reconnu sur Canal +, mais ce qu'on a vécu juste après aussi, avec tous ces gens dans la rue, ces mélanges, cette image de la France qu'on aime, quand tout le monde se regarde de la même façon.»
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